23 septembre 2009
Onomastique du caniveau
Hier, en fin d'après-midi, marche méditative sur les trottoirs de ma ville. Un sachet vide me coupe la route, emporté par le vent. Un petit sachet de bonbons mauve sur lequel je n'ai le temps de lire qu'un mot : Violette.
Une dizaine de mètres plus loin, sur le même trottoir, un paquet de cigarettes vide, soigneusement piétiné; des Dunhill.
Dunhill... Violette...
Violette Dunhill...
Quelques déjections canines plus tard, un autre paquet de cigarettes vide, en aussi piteux état que le premier. Des Bastos... Puis un autre : des Winfield, (bon sang, que de fumeurs dans ce quartier !).
Bastos Winfield...
Dans une autre vie, si j'avais su écrire, si j'avais été new-yorkaise (ou plutôt new-yorkais...), si ces trottoirs avaient été ceux du Bowery, j'aurais saisi la balle (de 22 Long Rifle) au bond et serais partie entamer la rédaction d'un polar rétro mettant en scène deux personnages mystérieux : Violette Dunhill, Miss Elégance 1954, et Bastos Winfield, armoire normando-mexicaine en imper crasseux.
Au lieu de ça, je suis rentrée enfiler un jogging pour aller suer dans une salle de sport.
On a l'aventure que l'on mérite.
22 septembre 2009
Lisons dans le marc

Le matin, je ne trempe plus de croissant dans mon café : je préfère prendre une bonne tartine de Sartre toastée. Ca fait moins de miettes - et c'est meilleur pour la ligne.
"Au fond on ne paie pas l'écrivain : on le nourrit, bien ou mal selon les époques. Il ne peut en aller différemment, car son activité est inutile : il n'est pas du tout utile, il est parfois nuisible que la société prenne conscience d'elle-même. Car précisément l'utile se définit dans les cadres d'une société constituée et par rapport à des institutions, des valeurs et des fins déjà fixées. Si la société se voit et surtout si elle se voit vue, il y a, par le fait même contestation des valeurs établies et du régime : l'écrivain lui présente son image, il la somme de l'assumer ou de se changer. Et, de toute façon, elle change; elle perd l'équilibre que lui donnait l'ignorance, elle oscille entre la honte et le cynisme, elle pratique la mauvaise foi; ainsi l'écrivain donne à la société une conscience malheureuse, de ce fait il est en perpétuel antagonisme avec les forces conservatrices qui maintiennent l'équilibre qu'il tend à rompre."
J-P Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?, Ed. Gallimard, 1948
18 septembre 2009
Blaise - Dimitri Planchon
Asseyez-vous, il faut qu'on parle. Si vous voulez du café, il doit en rester dans la cafetière... Non, il ne reste plus de sucrettes. Bon, inutile d'essayer de détourner la conversation.
Il faut qu'on parle, disais-je, et qu'on parle BD.
Le 20 juin dernier (hé oui, c'est que ça commence à dater, cette affaire), j'ai eu la chance de voir (et de découvrir, par la même occasion) le talentueux Dimitri Planchon dans une grande librairie de ma petite ville. Il y dédicaçait son dernier album, Blaise - du nom du personnage central, un garçon d'une dizaine d'années.
Blaise est un Caliméro sans coquille né dans un monde en guerre.
L'univers dans lequel le pauv' 'tit gars évolue n'a rien de rassurant : il y a l'école passablement flippante, antichambre d'une société tout aussi anxiogène ; il y a la télé bien pleine mais rarement bien faite ; les parents dépassés par les événements ; et la grand-mère qui fait ce qu'elle peut et pense bien faire.
Heureusement, pour oublier un quotidien peu réjouissant, il reste le demi-dieu Dabi Doubane, sportif teeeellement parfait qui a su garder la (grosse) tête sur les épaules.
Tout ceci est fort bien vu, finement mis en bulles. Ca fleure bon l'humour noir. Cruel ? Peut-être... A l'image de l'océan de cynisme dans lequel nous barbotons chaque jour que Dieu fait, du reste.
Notons au passage le graphisme singulier de cette BD - on dirait du Otto Dix... en moins sombre.
Monsieur Planchon utilise une technique bien particulière, à base de montage-copiage-collage sur z'ordinateur. Procédé complexe que la demoiselle de Cro-Magnon que je suis a renoncé à comprendre. Ne me demandez pas l'impossible, c'est tout juste si j'arrive à programmer un magnétoscope, alors...
Un album de qualité, donc. Lu et approuvé.
Vivement le prochain...
Blaise, Dimitri Planchon , éd. Glénat, 2009
23 mai 2009
Odelette baveuse
Retrouvé ceci en faisant un peu de rangement (de l'archéologie, disons). Popoème en acrostiche écrit à 16 ans (grande période Lamartine-et-cassoulet), après un séjour à Venise passé à observer les pigeons lubriques de la piazza San Marco. Scato un jour, scato toujours.
Sempiternel touriste qui te crois premier,
Unique badaud arpentant tout Venise
Sois sur tes gardes : elles peuvent tomber
Ayant dîné de graines ou de miettes
Un de ces pigeons au-dessus de ta tête
Xénophobie ! en mettra une sur ta belle chemise.
Fais attention car elles te connaissent
Impertinentes, inattendues mais omniprésentes
Elles, les gluantes épées de Damoclès
N'attendant de toi qu'un moment de détente,
Tombent des cieux, les infâmes traîtresses !
Et te voici paré d'une grisâtre tache charmante ?
Sache que rien n'arrêtera jamais une fiente.
24 avril 2009
Croisement de plumes
Montherlant, tous feux éteints
"Lorsque je mourrai, on trouvera encore des raisons pour montrer que je ne suis pas mort comme il fallait."
Julien Gracq, Carnets du grand chemin, à propos de Montherlant
"Quand je le croisais dans la rue, ou au restaurant du quai Voltaire vers la fin de sa vie, son regard avait l’air de vous dire clairement : « C’est vrai, je suis cette vieillesse et cette déchéance amère, et je n’en dissimule plus rien, et je suis pourtant à mille lieues au-dessus de vous, et de quiconque, et il y a une conspiration du monde pour empêcher qu’on le proclame partout à son de trompette. » "
2005. Une fois de plus, le hasard était d'humeur joueuse. Deux livres empruntés le même jour, choisis comme ça, à l'instinct, en flânant dans une bibliothèque universitaire.
Et il a fallu que leurs auteurs se croisent au détour d'une page.
19 avril 2009
Un coucher de soleil, un bon thé, un Kerouac
"Ne pense pas. Va ton chemin en dansant. Rien de plus facile au monde. Même la marche en terrain plat est plus dure, à cause de sa monotonie. Chaque pas pose de petits problèmes passionnants et pourtant le corps n'hésite jamais, il se retrouve perché sur une pierre qu'il a choisie sans raison particulière. Cela tient du Zen le plus pur."
Jack Kerouac, Les clochards célestes
Toujours bon de prendre l'air chez Kerouac, quand on étouffe chez soi.
Le retour de Pomponnette
"C'est assez lent, une vache. Faut qu'elle comprenne qu'elle meurt."
Extrait du livre ci-dessous.
Mon beloved bougainvillier a aimé. Il a (fleu)ri.
Imaginons que nous sommes en mars 2004. Imaginons que vous avez vingt ans et presque toutes vos dents.
Imaginons que vous embarquez à bord d'un avion à destination de
Francfort ; retour en France prévu dans cinq mois. A la peur du grand
saut vers l'inconnu (vie nouvelle, nouvelle ville) s'ajoute celle de
mourir dans d'atroces mais brèves souffrances, si votre avion s'écrase,
avec la chance que vous avez. Vous essayez de vous rassurer en
repensant à une étude selon laquelle il est statistiquement plus
risqué de voyager en voiture qu'en avion.
Vous ouvrez un quotidien-national-qui-noircit-les-doigts, en vous disant que ça vous changera les idées.
Loupé.
Dans le journal, on ne parle que de l'Espagne qui se remet comme elle
le peut de l'attaque terroriste dont elle a été la cible quelques jours
plus tôt. La veille, sur le coup de midi, une minute de silence a été
respectée à travers toute l'Europe, en hommage aux victimes.
L'inquiétude monte : on réalise que plus personne n'est à l'abri. Tout pays sera désormais susceptible de connaître son 11 septembre.
N'importe où, n'importe quand. A qui le tour ?
Vous refermez le journal, espérant seulement que le 11 septembre allemand n'aura pas lieu aujourd'hui à Francfort.
Boooon.
Vous tentez de vous détendre, vous fredonnez "on ira pendre notre linge
sur la ligne Siegfried". Vous riez jaune. Vous avez les mains moites.
Puis vous vous rappelez que vous avez eu la bonne idée de glisser un
roman dans votre bagage à main, avant de partir. Vous ne connaissez presque rien de son auteur, vous n'avez qu'une vague idée du sujet
abordé. Quelques semaines avant le départ, vous avez découvert le site
web de cet écrivain (ou était-ce juste une interview ?) par hasard, en cherchant des informations sur un
concours de nouvelles. Vous avez bien ri ; vous avez pioché le titre
qui vous inspirait le plus dans sa bibliographie puis vous êtes parti
le commander chez le libraire le plus proche.
Et voilà, ce roman, vous l'avez entre les mains.
Vous entamez la lecture et soudain, tout va mieux. Vous retrouvez dans
ces pages ce que vous aviez aimé chez Signé Furax et la Rubrique-à-brac... avec un petit quelque chose en plus.
Vous souriez. Vous pouffez. Vous respirez.
Même plus envie de mordre une hôtesse.
Imaginons qu'un an plus tard (de retour en France, donc), il vous vient
l'envie de relire ce roman. Vous le cherchez dans votre bibliothèque et
là... Pouf ! Envolé, le livre. Introuvable. Vous retournez votre petit
appartement, façon cambriolage musclé, vous videz et revidez tout, rien
à faire. Il n'est plus là. A la première occasion, vous filez chez vos
parents pour fouiller dans votre chambre d'ado. Rien. Vous fouillez
dans le grenier - ne sait-on jamais. Rien.
Peut-être l'avez vous égaré dans le déménagement entre l'Allemagne et la France ?
Quatre ans passent, vous avez fini par faire une croix sur ce roman. Ce
n'est qu'un livre, après tout. D'accord, vous y teniez, mais il y a
d'autres poissons dans l'océan et d'autres rats dans la
bibliothèque...
Oui, mais ça vous ÉNERVE.
Ca vous énerve d'autant plus que vous ne pouvez même plus vous en
procurer un nouvel exemplaire : le roman n'est plus disponible à la
vente.
Mais un beau jour...
******
Un beau jour, j'ai fini par me rappeler que ce fameux livre, La santé par les
plantes de M'sieur Mizio, je l'avais tout simplement prêté à une amie.
J'ai eu récemment la confirmation qu'il était toujours chez elle et
c'est ainsi que j'ai pu le récupérer vendredi dernier.
Ses pages sont moins blanches que dans mes souvenirs, il a vieilli dans
une autre bibliothèque que la mienne. Mais punaise... quel soulagement !
Dans la niaise euphorie des retrouvailles, je l'ai relu d'une traite. Je crois bien que j'ai autant ri que la première fois.
NB : certains des livres de Monsieur Mizio ne sont plus officiellement
disponibles à la vente, mais vous pouvez encore les commander en vous adressant à l'auteur (si j'ai bien compris, ce qui n'est pas certain, vu que je comprends toujours tout de travers, comme vous le savez).
La vente directe, y'a qu'ça d'vrai. Le vin est toujours
meilleur quand il a encore le parfum de la sueur du vigneron (et pas
celui de l'eau de toilette du vendeur de chez Leclerc-vins).
25 mars 2009
Recherche passoire monotrou pour bouillon gras cyclope
Je fus aimablement biblio-taggée par Valtricotine il y a quelques jours. Voici ce que je dois faire :
- - Prendre le livre le plus proche
- - Aller à la page 123
- - Trouver la 5e phrase
- - Ecrire les 3 phrases suivantes
- - Taguer 5 personnes et dire qui vous a taguée
Comme l'autre fois, je saute la dernière étape. :) Toute personne lisant ces quelques mots peut se considérer comme biblio-taggée d'office.
Le 1er livre qui m'est tombé sous la main quand je me suis pliée à cet exercice fort divertissant est le suivant : les pages jaunes (auteur inconnu). Je suis donc passée au 2e : le Dico franco-loufoque de Pierre Dac. Hop, page 123, et là, seulement ces quelques mots (pas de 5e phrase, donc) :
HIPPOLYTE boit
Divinités du Styx, je succombe invaincu
Le désespoir au coeur...
PHEDRE
Et moi le feu au cul !
Pendant qu'on en est aux citations, voici une phrase d'Iggy Pop qui m'a fait pouffer devant mes raviolis, l'autre midi : "Les Stooges essayaient de vous catapulter dans les étoiles, U2 vous tapote le genou."
A lire dans un certain magazine musical qui fête son 500e numéro ce mois-ci.
28 février 2009
Hyp-nose
21 février 2009
Catharsis thématique - Julien Prévieux et ses lettres de non motivation
Coup de cœur pour la démarche d'un jeune artiste français, Julien Prévieux. Il a fait ce que toute personne en "recherche active d'emploi" (moooon Dieu que je hais cette expression) rêverait de faire un jour, histoire de se défouler une bonne fois pour toutes : envoyer paître - avec humour - les ressources (in)humaines de plus de mille entreprises.
Au lieu de répondre à des offres d'emploi par de traditionnelles lettres de motivation - dérisoires pets glissant inexorablement sur la toile cirée du marché de l'emploi - il a fait le choix d'écrire des lettres de "non motivation", exposant point par point les raisons qui le poussent à ne pas postuler. Jubilatoire...
Voici un lien vers son livre que vous pouvez feuilleter en ligne. Mais mieux vaut aller embêter votre libraire préféré(e) pour qu'il/elle vous le commande. Ca lui fera certainement plaisir, un peu de visite.
Julien Prévieux, Lettres de non motivation, éd. La découverte






