30 décembre 2009
Monsieur Topor, de vive voix
Pour compléter le billet de l'autre jour, voici un entretien au cours duquel Monsieur Topor apporte des réponses très toporiennes à des questions posées par des spectateurs.
T'as pas une idée, émission animée par France Roche, 1991.
11 décembre 2009
"Père Topor, raconte-nous une histoire..." - Café Panique, Roland Topor
"La nuit, Pas-de-Bol a d'horribles cauchemars au cours desquels Billes-de-Loto lui récite Goethe dans le texte. Le malheureux ne mange plus, ne boit plus, et envoie sa fille au diable si elle a l'audace d'éternuer." *
Il y a des livres comme ça, on s'y sent tout de suite comme chez soi. Une fois la lecture achevée, on n'a qu'une envie : revenir et inviter des amis à l'occasion.
Café Panique fait partie de ces livres-là.
Sur le zinc du Café Panique, chacun vient vider son verre et son sac. Et comme les bons contes font les bons amis, chacun y va de sa bonne histoire : celle de Pas-de-bol, dompteur de fauves devenu dompteur de chats, ou celle de Petite-Annonce qui fait des pieds et des mains pour se débarrasser de la dépouille de son cher Médor (un chat, bien sûr).
"Quand je pousse la porte de Panique, je n'ai pas besoin de me démancher le cou pour trouver quelqu'un à qui parler, puisque je connais, de vue au moins, presque tous les consommateurs. C'est ça le privilège de l'habitué, et je vous prie de croire qu'il vaut de l'or. Si je picole un peu trop, j'ai des excuses. Les histoires de comptoir m'intéressent plus que les déclarations d'amour ou la télé à deux. Alors, voilà, je traîne chez Panique, mais au moins je ne m'ennuie pas."
... Et le lecteur non plus.
C'est un agréable compromis entre Grimm et Gourio, avec en prime l'inventivité, la poésie et l'humour (noir) toporiens.
Une plume de bonne compagnie, le regretté Monsieur Topor.
Merci Roland.
Café Panique, Roland Topor, Ed. Charrette, 2004
A voir aussi, chez le même éditeur, la version BD par le dessinateur Alfred.
* barbouillage librement inspiré de l'histoire de Pas-de-Bol ; Billes-de-Loto est censé être un chat persan. Mais je n'ai pas de chat persan, ni sous les yeux, ni sous la main, ni dans les pattes. Merci de votre compréhension. Allez en paix.
03 décembre 2009
"Je n'ai pas de livres de chevet : je ne m'endormirais jamais."
Charles Dantzig, dictionnaire égoïste de la littérature française, éd. Grasset & Fasquelle 2005
02 décembre 2009
Drôle de hasard
Lecture de Chagrin d'Amour de Jean-Edern Hallier (éd. Hallier, 1974).
Sourire en arrivant à ce passage :
(à propos des Indiens)
"Je lui répondais : "Oh ! tu sais, ils sont morts depuis longtemps." Et elle : "Qui les a tués ?" Consciencieusement, j'expliquais : "La civilisation." Et elle : "Alors, c'est mal, la civilisation ?" Moi : "Je n'en sais rien. Mais si tu fermes les yeux, les Indiens qui sont éternels, vivant au paradis des êtres vrais, entreront dans ton sommeil sur la pointe des pieds. Ils t'inviteront à les suivre."
En effet... :-)
30 novembre 2009
Lu
"Les vraies questions doivent être insolubles car une réponse les fixerait alors qu'elles sont par nature mobiles dans des êtres mobiles."
Henry Bauchau, la Grande Muraille, journal de la Déchirure (1960-1965), éd.Actes Sud, 2005
23 septembre 2009
Onomastique du caniveau
Hier, en fin d'après-midi, marche méditative sur les trottoirs de ma ville. Un sachet vide me coupe la route, emporté par le vent. Un petit sachet de bonbons mauve sur lequel je n'ai le temps de lire qu'un mot : Violette.
Une dizaine de mètres plus loin, sur le même trottoir, un paquet de cigarettes vide, soigneusement piétiné; des Dunhill.
Dunhill... Violette...
Violette Dunhill...
Quelques déjections canines plus tard, un autre paquet de cigarettes vide, en aussi piteux état que le premier. Des Bastos... Puis un autre : des Winfield, (bon sang, que de fumeurs dans ce quartier !).
Bastos Winfield...
Dans une autre vie, si j'avais su écrire, si j'avais été new-yorkaise (ou plutôt new-yorkais...), si ces trottoirs avaient été ceux du Bowery, j'aurais saisi la balle (de 22 Long Rifle) au bond et serais partie entamer la rédaction d'un polar rétro mettant en scène deux personnages mystérieux : Violette Dunhill, Miss Elégance 1954, et Bastos Winfield, armoire normando-mexicaine en imper crasseux.
Au lieu de ça, je suis rentrée enfiler un jogging pour aller suer dans une salle de sport.
On a l'aventure que l'on mérite.
22 septembre 2009
Lisons dans le marc

Le matin, je ne trempe plus de croissant dans mon café : je préfère prendre une bonne tartine de Sartre toastée. Ca fait moins de miettes - et c'est meilleur pour la ligne.
"Au fond on ne paie pas l'écrivain : on le nourrit, bien ou mal selon les époques. Il ne peut en aller différemment, car son activité est inutile : il n'est pas du tout utile, il est parfois nuisible que la société prenne conscience d'elle-même. Car précisément l'utile se définit dans les cadres d'une société constituée et par rapport à des institutions, des valeurs et des fins déjà fixées. Si la société se voit et surtout si elle se voit vue, il y a, par le fait même contestation des valeurs établies et du régime : l'écrivain lui présente son image, il la somme de l'assumer ou de se changer. Et, de toute façon, elle change; elle perd l'équilibre que lui donnait l'ignorance, elle oscille entre la honte et le cynisme, elle pratique la mauvaise foi; ainsi l'écrivain donne à la société une conscience malheureuse, de ce fait il est en perpétuel antagonisme avec les forces conservatrices qui maintiennent l'équilibre qu'il tend à rompre."
J-P Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?, Ed. Gallimard, 1948
18 septembre 2009
Blaise - Dimitri Planchon
Asseyez-vous, il faut qu'on parle. Si vous voulez du café, il doit en rester dans la cafetière... Non, il ne reste plus de sucrettes. Bon, inutile d'essayer de détourner la conversation.
Il faut qu'on parle, disais-je, et qu'on parle BD.
Le 20 juin dernier (hé oui, c'est que ça commence à dater, cette affaire), j'ai eu la chance de voir (et de découvrir, par la même occasion) le talentueux Dimitri Planchon dans une grande librairie de ma petite ville. Il y dédicaçait son dernier album, Blaise - du nom du personnage central, un garçon d'une dizaine d'années.
Blaise est un Caliméro sans coquille né dans un monde en guerre.
L'univers dans lequel le pauv' 'tit gars évolue n'a rien de rassurant : il y a l'école passablement flippante, antichambre d'une société tout aussi anxiogène ; il y a la télé bien pleine mais rarement bien faite ; les parents dépassés par les événements ; et la grand-mère qui fait ce qu'elle peut et pense bien faire.
Heureusement, pour oublier un quotidien peu réjouissant, il reste le demi-dieu Dabi Doubane, sportif teeeellement parfait qui a su garder la (grosse) tête sur les épaules.
Tout ceci est fort bien vu, finement mis en bulles. Ca fleure bon l'humour noir. Cruel ? Peut-être... A l'image de l'océan de cynisme dans lequel nous barbotons chaque jour que Dieu fait, du reste.
Notons au passage le graphisme singulier de cette BD - on dirait du Otto Dix... en moins sombre.
Monsieur Planchon utilise une technique bien particulière, à base de montage-copiage-collage sur z'ordinateur. Procédé complexe que la demoiselle de Cro-Magnon que je suis a renoncé à comprendre. Ne me demandez pas l'impossible, c'est tout juste si j'arrive à programmer un magnétoscope, alors...
Un album de qualité, donc. Lu et approuvé.
Vivement le prochain...
Blaise, Dimitri Planchon , éd. Glénat, 2009
23 mai 2009
Odelette baveuse
Retrouvé ceci en faisant un peu de rangement (de l'archéologie, disons). Popoème en acrostiche écrit à 16 ans (grande période Lamartine-et-cassoulet), après un séjour à Venise passé à observer les pigeons lubriques de la piazza San Marco. Scato un jour, scato toujours.
Sempiternel touriste qui te crois premier,
Unique badaud arpentant tout Venise
Sois sur tes gardes : elles peuvent tomber
Ayant dîné de graines ou de miettes
Un de ces pigeons au-dessus de ta tête
Xénophobie ! en mettra une sur ta belle chemise.
Fais attention car elles te connaissent
Impertinentes, inattendues mais omniprésentes
Elles, les gluantes épées de Damoclès
N'attendant de toi qu'un moment de détente,
Tombent des cieux, les infâmes traîtresses !
Et te voici paré d'une grisâtre tache charmante ?
Sache que rien n'arrêtera jamais une fiente.
24 avril 2009
Croisement de plumes
Montherlant, tous feux éteints
"Lorsque je mourrai, on trouvera encore des raisons pour montrer que je ne suis pas mort comme il fallait."
Julien Gracq, Carnets du grand chemin, à propos de Montherlant
"Quand je le croisais dans la rue, ou au restaurant du quai Voltaire vers la fin de sa vie, son regard avait l’air de vous dire clairement : « C’est vrai, je suis cette vieillesse et cette déchéance amère, et je n’en dissimule plus rien, et je suis pourtant à mille lieues au-dessus de vous, et de quiconque, et il y a une conspiration du monde pour empêcher qu’on le proclame partout à son de trompette. » "
2005. Une fois de plus, le hasard était d'humeur joueuse. Deux livres empruntés le même jour, choisis comme ça, à l'instinct, en flânant dans une bibliothèque universitaire.
Et il a fallu que leurs auteurs se croisent au détour d'une page.




